"Mjadala uko wazi."

Une partie importante de la population noire des Amériques à l’époque de l’esclavage n’était pas esclave: elle était libre parce qu’elle s’était libérée elle-même … C’est le tableau étonnant que dresse l’historienne genevoise Aline Helg dans Plus jamais esclaves! De l’insoumission à la révolte, le grand récit d’une émancipation (1492-1838), premier ouvrage à rassembler les connaissances éparses sur le sujet en un dessin global.

– Le Temps: Les esclaves, écrivez-vous, se libèrent de trois manières. La fuite, pour commencer…
– Aline Helg: C’est le mouvement le plus logique: on échappe à une condition insupportable …

Katika karne mbili za kwanza za ukoloni, inakadiriwa kuwa watumishi wa 10% wanastahili kuepuka. Katika maeneo yasiyo ya kudhibitiwa na serikali, watumwa hawa waliokimbia - wanaoitwa "chestnuts" - kuchanganya na wapiganaji wengine na Wahindi.

Certaines communautés marronnes prennent une importance telle qu’à la fin du XVIIe et au début du XVIIIe siècle les monarchies anglaise et espagnole signent des traités avec elles, reconnaissant leur liberté à condition qu’elles n’accueillent pas de nouveaux marrons et qu’elles aident militairement la monarchie en cas de besoin … Plusieurs de ces communautés existent encore aujourd’hui, et gardent des droits particuliers.

Kuna mfano unaojulikana wa San Basilio de Palenque huko Colombia, wengine huko Suriname. Kwa bahati mbaya, kama ilivyo kwa Wahindi ambao walinusurika kwenye pengo la ukoloni, ardhi zao sasa zinanyang'anywa na kampuni kubwa za madini.

– Beaucoup d’esclaves monnaient leur affranchissement …
– C’est la modalité la plus méconnue: le rachat de sa propre liberté. Cette possibilité existait dans le droit romain, elle est reprise dans les lois ibériques du XIe-XIIe siècle et elle passe ensuite en Amérique dans tous les territoires espagnols et portugais. 

Il y a des règles précises: il ne faut pas que la somme à verser au maître soit plus élevée que le prix d’achat; il est possible de racheter sa liberté par acomptes; un esclave peut racheter la liberté d’un tiers, souvent son enfan …  Tout cela est très développé dans les colonies hispano-portugaises, jusqu’à la fin de l’esclavage, en 1886-1888. Dans les colonies françaises, anglaises et néerlandaises, cette possibilité existe au début, mais à mesure que le système des plantations se développe, elle est éliminée. Globalement, on peut estimer qu’un tiers des esclaves des villes hispano-portugaises arrivaient à acheter leur liberté. Evidemment, leur descendance était libre aussi.

– Les esclaves qui s’affranchissent sont surtout des femmes…
– Une lecture machiste a longtemps expliqué ce phénomène en disant qu’il s’agissait de concubines d’hommes blancs. En réalité, l’étude des registres montre que la majorité des esclaves rachetaient elles-mêmes leur liberté. Comment? 

Les femmes étaient plus nombreuses que les hommes dans les villes, où elles avaient le droit de travailler à leur compte le dimanche et les jours de fête; elles accumulaient peu à peu un pécule en lavant du linge ou en faisant de la vente sur les marchés …  Il existait d’autre part une manière de se libérer réservée aux hommes, qui consistait à s’enrôler comme soldats, notamment lors de la conquête et au début de la colonisation. Il y avait des esclaves noirs avec les conquérants, qui devenaient parfois des encomenderos: ils recevaient en dotation des communautés d’Indiens, qu’ils dirigeaient et qu’ils exploitaient.

Uwezekano huu pia ulitengenezwa wakati wa vita vya uhuru, wakati majeshi bado hakuwa na watu wanaofaa.

– Il y a enfin les révoltes…
– Je définis celles-ci comme des mobilisations regroupant au moins un dixième d’une population d’esclaves donnée, et comportant des actes de violence. 

Uasi huo ulikuwa wachache sana, kinyume na kile tulichoamini. Kiwango cha kwanza ni cha Berbice (kati ya deltas ya Orinoco na Amazon) katika 1763. Kuna, bila shaka, ya Santo Domingo kutoka 1791, ambayo husababisha uhuru wa watumwa wa kisiwa hicho (400 000, wakati wa kufika), kushindwa kwa askari wa Napoleon na utangazaji wa Jamhuri ya Haiti na watumwa wa zamani: hii ni hatua kubwa ya kugeuza, kupuuzwa kwa muda mrefu, historia ya Amerika ...

Uasi wa tatu mkubwa wa mwisho hutokea katika West West Indies kama uharibifu huanza kupata nguvu nchini Uingereza; wao huanzisha mazungumzo na msaada wa pamoja na uharibifu, ambao wanasaidia kuleta.

– D’où vient le malentendu selon lequel la révolte aurait été fréquente?
– Le thème de la révolte d’esclaves est très présent dans les ouvrages écrits dans les Amériques au cours des années 80: une ère marquée par des visions d’héroïsme et par la figure du guerrillero… 

Tatizo ni kwamba masomo haya yalichukua nyaraka za mahakama kwa fedha, kusoma kama uasi wa matukio ambako watumwa hawakufanya zaidi ya kutafakari na kuzungumza juu ya kupinga. Hata hivyo, kwa sheria zinazohusika, kuzingatia kuua mtu mweupe ni mbaya sana kama kumwua kweli, na maagano hupasuka kila wakati chini ya mateso.

Katika Uingereza Magharibi Indies, wafungwa walifungwa kwa mikono yao katika mabwawa ambapo walikabiliana; Ikiwa walizungumza wakati wa uchungu wao wakati wa kutamka majina ya watumwa wengine, walichukuliwa kuwa washirika na wakawa na mateso sawa ... Kwa kawaida, uasi wa watumwa ni hali ya mara kwa mara katika roho ya colonists, ambaye anaonekana katika 1537 huko Mexico City na huvuka bara zima. Hii ni mantiki: juu ya kipindi nzima na eneo la Amerika, kuna mara nne zaidi ya Waafrika waliohamishwa kuliko wahamiaji nyeupe. Wazungu ni wengi sana katika wachache, wao daima wanaogopa.

– Les esclaves, écrivez-vous, adaptaient leur stratégie en fonction des changements dans la situation internationale et des failles dans le système de domination. Comment s’y prenaient-ils pour être informés?
– C’est simple: comme leurs maîtres les prenaient pour des imbéciles, ils tenaient leurs discussions en présence des esclaves… Imaginez: des planteurs se réunissent avec le gouverneur en fumant des cigares, ils critiquent les décisions du roi et remarquent qu’il y a moins de troupes à cause de la guerre entre la France et l’Angleterre; les esclaves servent le cognac et écoutent; certains savent lire et vont vérifier les nouvelles dans le journal… 

Un autre aspect méconnu est le discours développé par les esclaves pour défendre leur liberté. Il y a des procès dans le monde ibérique à la fin du XVIIIe siècle où les esclaves font référence à la philosophie des droits naturels: Dieu a créé tous les hommes égaux  …  Dans les colonies protestantes, où l’évangélisation implique la lecture de la Bible, les esclaves utiliseront le récit de l’asservissement des Hébreux en Egypte et de leur libération pour construire une sorte de théologie de la libération avant l’heure. Ils s’appuient sur la Bible pour dire: c’est juste parce que Dieu le veut, et notre maître doit lui obéir…

– Que dit tout cela sur la manière d’être des esclaves?
– Tout d’abord, cela dit la solitude dans laquelle ils étaient. L’abolitionnisme ne commence que dans les années 1760. Jusque-là, les esclaves sont complètement seuls dans des sociétés qui ne les reconnaissent même pas comme des êtres: ils sont des «biens meubles» selon la loi… 

Katika hali hizi, kuwa na mradi wa uhai unaojifungua unaonyesha nguvu, upinzani usio wa kawaida, hisia ya nafsi ambayo ni nzuri sana. Sisi ni mbali na picha, ambayo imekuwa imejenga kwa muda mrefu, ya mtumwa mwovu kabisa, bila rasilimali yoyote ya kuondokana nayo. Badala yake, watumwa walikuwa watendaji katika historia yao wenyewe; licha ya hali yao, walitafuta kushiriki katika maisha yao.

– C’est ainsi qu’«une autre Amérique s’est construite discrètement», selon votre formule. À quoi ressemble le monde des «libres de couleur»?
– C’est un monde de travailleurs des villes, de femmes citadines cheffes de famille. C’est aussi un monde rural de llaneros – les cow-boys des plaines – et de paysans. 

Un monde qui sera marginalisé après l’accès des colonies à l’indépendance, puis «racialisé» à la fin du XIXe siècle. Il y aura là un grand retour de manivelle: à peine l’esclavage est-il aboli que le racisme «scientifique» prend le relais.

Quant aux abolitionnistes, eh bien, ils ont aboli l’esclavage en indemnisant les maîtres, mais ils ont laissé tomber les anciens esclaves aussitôt après. Ce monde-là souffre donc beaucoup à la fin du XIXe et au début du XXe siècle.

Lors du développement de l’Etat-nation et des économies exportatrices, il peine à avoir sa place dans la nation. Alors même que démographiquement, la population issue des «libres de couleur» représente souvent la majorité …  Aujourd’hui, les contributions culturelles et technologiques des esclaves à la formation et au développement des Amériques ont été reconnues: il n’y a pas un pays d’Amérique qui puisse se définir sans mentionner ces énormes contributions. Celles-ci sont d’autant plus extraordinaires que les esclaves les ont produites dans les petits interstices qui restaient à disposition dans leur vie.

Aline Helg, "Usiwe tena watumwa! Kutoka kwa uasi kwa uasi, hadithi kubwa ya ukombozi (1492-1838) "(Utambuzi)